12 juillet 2007

Down

Ce blog s'arrête,
j'écrirais désormais des chroniques/articles/etc... sur LeCourant.info (http://www.lecourant.info).
Merci à tous pour vos commentaires, votre suivi... parfois votre encouragement ;)

GD

14 mai 2007

Police partout... Justice aussi !

Article paru sur lecourant.net

Une semaine après le résultat de l'élection présidentielle et donc une semaine après les premiers rassemblements plus ou moins spontanés protestant contre l'élection de Nicolas Sarkozy, dressons un premier bilan des peines prononcées par la justice.

Remettons-nous dans le contexte : nous sommes au soir du 6 mai, il est 20 heures, et Nicolas Sarkozy vient d'être élu 6ème président de la Vème République. Immédiatement, des rassemblements spontanés se forment ou s'activent. A Paris, c'est à la Bastille, lieu traditionnel de réunion de la gauche lors des élections présidentielles, que sont réunis les « anti-sarko ». Passée la déception de l'élection de l'ex-ministre de l'intérieur, certains groupes s'agitent et manifestent par des cris, puis par des jets de projectiles divers sur les forces de l'ordre, leur mécontentement. Cette version officielle, relayée par la plupart des médias, ne doit pas cacher que les CRS, qui bloquaient de nombreux axes autour de la place de la Bastille, ont très vite cherché à encercler les manifestants, de manière à leur ôter un quelconque échappatoire. Des mouvements de foule s'amorcent aussitôt, qui créent de la tension, tension suite à laquelle les CRS interviennent de manière plus manifeste, par des jets de gaz lacrymogènes de concentration moyenne / faible.

Aussitôt, c'est la réplique de certains manifestants, qui s'organisent, se regroupent et répondent à l'assaut de la police en dressant des barricades de fortune et surtout en lançant des projectiles sur les forces de l'ordre. Néanmoins, l'encerclement fait son effet, et les CRS parviennent à interpeller certains manifestants. Une situation assez comparable se produit dans de nombreuses grandes villes de France telles que Lyon, Rennes, Toulouse, Bordeaux, Nancy, Metz, Mulhouse, à Charleville-Mézières ou encore au Creusot.


Rapidité de la justice

Ce qui frappe l'observateur, en premier lieu, c'est la rapidité de la réaction de la justice. Les Renseignements généraux (RG), dans les jours précédant le résultat du second tour de l'élection présidentielle, avaient indiqué leur inquiétude de voir se produire ce type d'émeutes. Pour tuer dans l'oeuf ce mouvement de contestation, la justice dut donc frapper vite, et fort.

Dès mardi, de nombreux jugements en comparution immédiate ont lieu. A Rennes, quatre individus, interpellés dans la nuit de dimanche à lundi, sont condamnés par le tribunal correctionnel à deux mois de prison ferme pour l'un et de 105 à 140 heures de travail d'intérêt général (TIG) pour les autres. A Lyon, quatre personnes ont été jugées le même jour en comparution immédiate pour des violences sur policiers et des dégradations. Deux d'entre elles ont été condamnées à des peines de trois et six mois de prison ferme pour des violences commises lors des manifestations du soir du 6 mai. Pour les deux autres, la peine est de 120 heures de TIG. Dix autres jeunes, jugés aussi en comparution immédiate à Lyon le même jour, ont écopé de peines de prison ferme, entre deux et trois mois.

Fermeté dans les condamnations

Pourtant, ce qui étonne par-dessus tout, c'est la lourdeur des peines. Que la justice cherche parfois à faire un « exemple » pourrait encore apparaître légitime, dans sa volonté de préserver l'ordre social, mais ici il s'agit d'une série d'exemples plus marquants les uns que les autres.

A Lyon, par exemple, Willy Marjory, 23 ans, bac +2, est décorateur, intermittent avec un casier judiciaire vierge. Lui est reproché le jet d'un tube de plexiglas contre les forces de l'ordre. S'il n'ira pas en prison, il devra faire 120 heures de TIG. A Paris, trois étudiants de Sciences Po, âgés de 18 à 20 ans, sans aucun antécédent non plus, ont été interpellés sur le quai où ont eu lieu les premiers incidents dans la nuit du 6 mai. L'un d'entre eux est accusé d'avoir jeté une barrière sur une voiture de police. Celui-ci nie farouchement, expliquant qu'il a « juste tiré une barrière sur la route pour gêner la circulation » et conteste s'être rebellé lors de son arrestation. Pourtant, pour lui comme pour ses camarades, la peine est lourde : trois mois de prison ferme.

A Bordeaux, sept hommes, âgés de 20 à 35 ans, ont été condamnés mercredi à des peines de quatre à six mois de prison ferme pour avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre au cours de la manifestation du 06 mai au soir. Les condamnations du tribunal correctionnel ont été globalement plus lourdes que les réquisitions de la procureur, qui avait réclamé des peines de deux à six mois ferme. A Toulouse, le tribunal correctionnel, qui devait juger mercredi 16 personnes pour les mêmes manifestations du 06 mai, a condamné huit étudiants à un mois de prison fermé pour avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. Ces étudiants nés entre 1985 et 1988 possédaient un casier judiciaire vierge. Selon l'avocat de deux d'entre eux, Julien Brel, « la sanction est très dure. De la prison ferme est une peine très lourde pour des faits très isolés, pour des personnes étudiantes au parcours exemplaire ». L'exemple de l'un d'entre eux, étudiant en première année de BTS, âgé de 20 ans, et qui a été condamné à un mois de prison ferme pour violence volontaire avec arme sur un fonctionnaire de police n'ayant pas entraîné d'interruption de travail est assez symptomatique.... Il avait jeté une cannette, tombée à côté des policiers.


Accumulation des peines, dispersion des rassemblements

De manière quasi-systématique, des peines ferme ont été prononcées contre les manifestants. La répression a donc été tout autant sévère que rapide, afin de marquer les esprits. Est-ce la raison pour laquelle les rassemblements ont assez vite perdu en densité ? On ne peut l'affirmer, même si un étudiant de la Sorbonne nous confiait récemment qu'il « [avait] été tenté par l'envie de jeter une bouteille contre les CRS, mais les peines prononcées [l'ont] stoppé dans [son] élan ». Il faut plutôt voir dans cette perte d'ampleur une certaine lassitude face à une mobilisation qui ne prend pas, comme l'a montré le blocage du centre universitaire de Tolbiac (annexe de l'université Paris I Panthéon Sorbonne) qui n'a duré qu'une journée. Néanmoins, de prochaines actions sont à prévoir, et notamment une manifestation nationale le 16 mai, jour de l'investiture de Nicolas Sarkozy en tant que président de la République. Dans le même registre, des dates sont retenues pour de nouvelles assemblées générales à la Sorbonne (Paris I, Paris III, Paris IV), à Jussieu (Paris V, Paris VI), à Tolbiac (Paris I) ou à Nanterre (Paris X) mais aussi dans plusieurs villes de province (Rennes, Toulouse, etc...).

Gageons que si la violence et les affrontements avec les CRS comme modes d'expressions du désarroi et de l'immense colère face à la victoire du candidat de l'UMP sont en déclin, les étudiants sauront trouver un autre mode d'action dans leur répertoire d'action collective traditionnel. Quoiqu'il en soit, l'arrivée imminente de Nicolas Sarkozy au pouvoir a d'ores et déjà créé son lot de protestations véhémentes et violentes, preuves s'il en est que le nouveau président aura bien du mal à incarner son rôle de rassembleur. Quant à la justice, il faudra observer avec attention son attitude dans les prochains mois, afin de voir si elle se comporte avec l'indépendance qui sied à son rang où si elle s'oriente plutôt vers une défense systématique du régime en place, que ce soit de manière volontaire... ou sous la pression politique.


NB : cf les photos de Thibautcho des manifs, par le lien dans la colonne de droite...

Manifs du 1er mai

Article paru sur lecourant.net

Forte participation aux traditionnels défilés syndicaux du 1er mai, le tout sur fond de présidentielle.

Ceux qui ont battu le pavé des villes françaises aujourd'hui ont pour ancêtres des ouvriers de Chicago, qui en 1886, ont manifesté pour obtenir la journée de travail de 8 heures. Depuis 1947, le 1er mai est en France un jour chômé et payé, et malgré une interruption pendant la guerre d'Algérie, c'est un rendez-vous annuel du monde du travail, qui lui permet d'exposer ainsi que de démontrer son pouvoir de mobilisation.

Une mobilisation importante...


Ce 1er mai n'a donc pas dérogé à la tradition, et plus de 250 cortèges se sont mobilisés dans de nombreuses villes françaises, sur fond de campagne électorale pour le second tour.
La CGT a compté jusqu'à 200.000 manifestants dans l'ensemble des cortèges, alors qu'elle n'avait compté qu'à peine 115.000 personnes en 2005 et 130.000 en 2006. Le ministère de l'Intérieur, lui a decompté 117.000 manifestants.
A Paris, ce sont entre 60.000 et 25.000 personnes qui ont défilé, plusieurs autres milliers se sont déplacés à Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Lyon où Grenoble, tandis qu'à Tours, Clermont-Ferrand, Dijon, Strasbourg, Mulhouse, Nancy, Lille, Rouen, Le Havre, Montpellier, Nice et Pau, plus d'un milliers de personnes se déplaçaient sous les banderoles. Des manifestations avaient lieu dans des villes de bien moindre importance, comme à Hennebont dans le Morbihan, Carvin dans le Pas-de-Calais, Brignoles dans le Var ou encore Lavelanet dans l'Ariège.
Ce sont donc de très nombreuses personnes qui ont manifesté, ce qui a suscité l'enthousiasme des diverses organisations appelant à manifester.

... mais une unité difficile

Si la mobilisation était importante, l'échec de la journée réside dans le manque d'unité syndicale des différents cortèges. Bernard Thibault (CGT) a manifesté à Paris, François Chérèque (CFDT) à Metz dans une manifestation CDFT-CGT-FSU-Sud et Jean-Claude Mailly (FO) à Lille.
A Paris, la CGT, FSU, Solidaires, UNEF, l'UNSA et la CFTC ont manifesté en commun entre République et Nation, accompagnés de certaines formations politiques de gauche, tandis que FO avait organisé une manifestation séparée à Paris qui a réuni un millier de milimg_0003itants.Dans de nombreuses villes, les cortèges étaient unitaires, mais à Lyon par exemple, la FO et la CNT ont défilé séparément, alors quà Clermont-Ferrand, la CFDT s'était désolidarisée de la manifestation, craignant une récupération politique.


Aucune consigne de vote n'a été donnée au cours de la journée par les centrales syndicales, celles-ci indiquant vouloir montrer la force de mobilisation des travailleurs aux deux candidats.
C'est cette indépendance que les banderoles de tête indiquaient : à Marseille, on a manifesté pour « la liberté, l'égalié, la fraternité, la paix et la ustice sociale », à Grenoble, « pour la paix et le progrès social », à Metz, derrière la banderole « 1er mai emploi salaire conditions de travail », tandis qu'à Lille, le mot d'ordre était « ensemble le 1er mai : Agir, lutter, revendiquer ».

Messages politiques

Une tendance évidente se dessinait pourtant : certains cortèges, plus politisés que d'autres, affichaient ostensiblement leur aversion pour le candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, avec des incursions de mouvements tels que le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples), le collectif Ras l'Front qui dénonçait sur un panneau « les dérives sécuritaires de Sarkozy », tandis que les MJS (Mouvement des jeunes socialistes), présents dans de nombreux cortèges, affichaient badges et pancartes à l'effigie de leur candidate.

Du côté des syndicats, bien qu'on ne voulait pas donner de tonalité politique aux manifestations, des messages clairement allusifs ont été délivré. Il s'agissait de donner un premier signe d'avertissement au futur gouvernement qui prendrait place en juin, en montrant que le monde syndical et militant était mobilisé afin de lutter pour les droits conquis au cours de mobilisations précédentes. La CGT, dans un communiqué, annonce qu' « à l'heure où certains font, de l'opposition entre telle ou telle catégorie de salariés ou de chômeurs le fil conducteur de leur stratégie politique, de la désignation de boucs émissaires français ou immigrés [...], il est bon que des journées comme celle-ci rappellent l'unité des salariés, des étudiants, des chômeurs, des retraités pour des réformes visant le plein emploi solidaire, le progrès social, la démocratie sociale, la paix. »

C'est donc la mode de l'entre-deux tours que ce type de propos assez explicites, se rapprochant de la phrase de l'ex-candidat de l'UDF, François Bayrou, c'est à dire : « Je sais pour qui je ne voterai pas »...

20 janvier 2007

Pendant ce temps, à Harare...

Cinquième article pour Betapolitique.fr...

Alors qu’en France, le débat porte en ce moment sur la contribution à l’ISF (ou non) de nos candidats, dans d’autres pays comme au Zimbabwe, l’argent est aussi au centre du débat, mais pour d’autres raisons.

1180 : ce n’est pas le salaire mensuel moyen en dollars d’un zimbabwéen, ni même le PIB/habitant pour l’année 2006 qui vient de s’achever... Bien pire que ça : c’est, en pourcentage, l’inflation actuelle de ce pays. Et encore, les chiffres divergent. Selon un article du 17 novembre de The Independant, disponible ici, l’inflation approcherait plutôt les 2000%.

Ce nombre à lui seul résume l’état du pays, c’est à dire catastrophique. Une situation en constante aggravation depuis que Robert Mugabe en est devenu le chef de l’Etat en 1980, et surtout depuis 2002. Selon le rapport de Reporters Sans Frontières pour 2006, que l’on peut lire ici, l’ « ancien grenier à blé » d’Afrique australe s’enfonce dans une crise économique sans précédent, mais également dans la tyrannie.

D’autres chiffres, à nouveau : 34 et 37. Ce n’est pas l’âge moyen du mariage, ni le nombre de naissances pour 1000 habitants. Le premier chiffre est l’espérance de vie actuelle d’une femme à la naissance, et le second... celui d’un homme.

Le Zimbabwe est donc dans une situation où là misère et le dénuement sont extrêmes. Pourtant, l’actualité française fait ses choux gras sur la campagne électorale, où si l’on regarde à l’international, sur le problème du gaz russe, sur l’attentat quotidien en Irak, ou encore sur la quasi-guerre civile en Palestine ; le Zimbabwe, lui, n’intéresse plus grand monde, car la situation semble chaque jour plus inextricable. Désintérêt aggravé, comme le rapporte The Guardian, par le fait que Mugabe a réussi à faire prolonger son mandat jusqu’en 2010, sous prétexte de réaliser des économies en alignant les élections présidentielles sur les élections législatives.

Quelques autres chiffres, enfin : 80 et 90. Ce sont des pourcentages : 80% de chomeurs, 90% de séropositifs dans l’armée. Ou encore : 85% de pauvres.

On ne s’intéresse pas à l’ancienne colonie britannique, et pour cause : que faire ? Le ZANU-PF, le parti au pouvoir, détient tous les attributs possibles du pouvoir, et exerce sur la population un contrôle total. Ce contrôle est rendu possible par l’investissement massif des quelques maigres deniers de l’Etat dans la CIO, Central Intelligence Organisation, comme nous le rapporte aussi l’article de The Indepedent. A titre de comparaison, et avec une situation de famine généralisée, ce service d’espionnage a un budget plusieurs fois supérieur à celui de la santé. La presse est complètement muselée, et depuis quelques années sont peu à peu démantelés ou interdits tous les journaux émettant une voix quelque peu discordante. En 2003, déjà, le journal The Daily News avait été interdit par la Commission de l’information et des médias (MIC en anglais). L’année suivante, ce furent The Weekly Times et The Tribune qui subirent les foudres de la censure d’Etat. Deux autres journaux, le Daily Mirror et The Financial Gazette sont eux passés sous la direction du CIO, tandis que Joy TV, l’unique chaîne de télévision privée du pays, s’est vue retirer sa licence et qu’une bombe a détruit les locaux de la radio « The Voice of People ». La liste n’est pas même exhaustive. Dernier événement en date, rapporté par le site allAfrica.com, les menaces fortes pesant sur Trevor Ncube, directeur de deux hebdomadaires zimbabwéens mais aussi de deux autres hebdomadaires sud-africains (« The Mail » et « Guardian »), qui s’est vu retirer sa nationalité zimbabwéenne par les autorités locales, ce qui l’interdit d’être propriétaire d’un journal (il faut en effet être Zimbabwéen).

Peu de pays peuvent pourtant se targuer de disposer d’autant de ressources que le Zimbabwe. Jugez plutôt grâce à l’article de Wikipédia sur ce pays : « Parmi les ressources naturelles se trouvent : le charbon, le chrome, l’amiante, l’or, le nickel, le cuivre, les minerais de fer, le vanadium, le lithium, l’étain, et les métaux du groupe du platine. ». De plus, la superficie du pays est de près de 400 000 km², avec 11 millions d’habitants, une surface cultivable amplement suffisante pour permettre à ce pays au moins l’autosuffisance, et ce malgré un climat chaud entraînant de nombreuses sécheresses.

Le vrai problème du pays est évidemment son dirigeant. Mugabe construit son discours en reflux de la période coloniale, dans une volonté de revanche permanente : « L’unité et la solidarité restent nos armes principales contre les machinations britanniques en faveur d’un changement illégal de régime au Zimbabwe » aurait-il déclaré. La politique de celui-ci a été une expropriation constante des fermiers blancs, afin de prétendument redistribuer la terre aux nouveaux fermiers noirs. Seulement, les difficultés de mise en oeuvre de la réforme ont entraîné une parcellisation et un abandon de certaines terres, et de nos jours, la famine est extrêmement grave. Le pays n’est évidemment plus autarcique, loin s’en faut, et c’est l’ensemble de la population, noire comme blanche, qui est dans la misère. Les fermiers blancs, qui étaient encore 4600 en 2002, sont désormais à peine 400.

Se pose alors la question suivante, terriblement simple : Que faire ?

La règle certainement la plus inviolable dans les relations internationales est la règle de la souveraineté. Lorsque George W. Bush a voulu en 2002 attaquer l’Irak, prétextant la menace des armes de destruction massive se trouvant là-bas, la question de la souveraineté a été parfois posaée, avec le résultat que l’on sait. Dans le contexte du Zimbabwe, on peut pourtant se demander pourquoi la communauté internationale ne réagit pas. La région des grands lacs en Afrique a connu de nombreux troubles dans les vingt dernières années, et notamment la guerre civile au Rwanda ayant abouti au génocide. Quoiqu’un peu calmée, cette région peut vite s’embraser tant les tensions ethniques sont fortes. La stratégie de Mugabe est cependant très bien étudiée : en réprimant toute velléité de rébellion à l’intérieur de ses frontières, il affiche sur la scène internationale une maîtrise totale de son pays, qui ne laisse pas penser qu’une guerre civile pourrait s’y déclencher, ce qui diminue le risque éventuel d’instabilité provoqué par cette situation. Or, la communauté internationale (et notamment les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU) ne se mobilisant que quand des intérêts (de préférence, les leurs) sont en jeu, comme leur sécurité ou leur approvisionnement énergétique, la situation ne semble pas prête à évoluer.

Pourtant, dans l’idéal se pose la question d’une intervention armée mandatée par l’ONU ou même par l’Union Africaine. En effet, il apparaît très vite inhumain de laisser ainsi toute une population mourir de faim sous le joug d’une dictature et les regarder ainsi disparaître sans tenter ne serait-ce qu’un petit peu de contribuer à la sauvegarde de ce peuple. Auprès des zimbabwéens, qui ont pu être influencés par la propagande de Mugabe mais aussi par l’histoire du pays, une intervention de l’ONU serait peut être mal acceptée. Un mandat accordé à l’UA pour agir, comme elle l’a fait récemment en Côte d’Ivoire, serait certainement dans l’idéal une meilleure solution. Contre la notion de souveraineté se dresse ici le risque de « non-assistance à un peuple en danger », et l’éternelle question : l’ingérence est-elle parfois légitimée ?

04 janvier 2007

Un nouveau Supermenteur ?

3ème article pour la plateforme betapolitique.fr

En cette période électorale, le moindre faux pas risque d’être fatal pour tout candidat à la présidentielle, surtout si il est également ministre de l’Intérieur. Heureusement, le Figaro est là et tout va pour le mieux dans la France "qui ne brûle pas les voitures"...

Nicolas Sarkozy, notre super ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, ministre d’Etat, président de l’UMP, président du Conseil général des Hauts-de-Seine, conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine (pour ne pas dire maire), en a peut-être commis un, à l’occasion de la nuit du Nouvel An. En effet, le bilan qu’il a dressé des voitures brûlées, et dont il s’est officiellement félicité, est remis en cause par le Parti Socialiste.

L’article du Figaro indique qu’ « aucun incident majeur n’est venu noircir le bilan de la St Sylvestre ». Michel Gaudin, directeur général de la police nationale, a ainsi déclaré triomphalement que « les forces de l’ordre n’ont eu à déplorer que trois blessés ». Etrange de voir Nicolas Sarkozy se féliciter de cela, lui qui prône la « tolérance zéro ». Selon le Figaro, au dernier pointage officiel en date du 1er janvier à 6 heures, 396 sinistres (comprenez : voitures brûlées) seraient « à déplorer », dont 83 par propagation (comprenez : celles-là on ne les compte pas vraiment parce que c’est la faute à « pas d’chance »). Ce chiffre est mis en rapport par le Figaro avec les 425 sinistres comptabilisés de l’an dernier, ce qui est donc « légèrement inférieur ». Toutefois, Le Figaro a effectué son propre comptage, et les résultats sont « moins optimistes » : en effet, plus de 400 véhicules brûlés, en « excluant pourtant nombre de villes moyennes et des agglomérations importantes comme Montpellier, Nantes, Pau, Bordeaux, Perpignan, Avignon ou Lille ». Pourquoi cette exclusion ? Ce sera le mystère du réveillon ! Le Figaro, pour se rattraper de cette petite incartade à sa traditionnelle docilité envers Mr Sarkozy inhérente à sa ligne éditoriale, note immédiatement après son comptage que « le PS a d’ailleurs aussitôt contesté la présentation du ministre de l’Intérieur » (comprenez : ces idiots-là sont dans la contestation permanente). Le journal reprend aussitôt son constat en indiquant que « Quoi qu’il en soit [!], tous les fonctionnaires de police contactés après l’évènement affirment que le niveau de violence a baissé lors de ce réveillon. La forte mobilisation policière y joue pour beaucoup. Le mauvais temps également » : on ne peut que se féliciter nous aussi de la forte mobilisation policière, qui a bien appliqué les consignes de sa direction, à savoir d’être tempéré voire même carrément froid sur la communication post-réveillon.

Le Figaro disponible ici

Suit une longue énumération des véhicules brûlés notamment en Alsace, visant plus à brouiller le lecteur qu’autre chose. Les auteurs de l’article notent que « l’aggravation a surpris les autorités, d’autant que la région strabourgeoise était une région test pour le ministère de l’Intérieur dans la lutte contre le fléau », sans beaucoup plus développer. Enfin, et c’est là que ça devient scandaleux : l’article embraye sur l’immeuble squatté par l’association Droit au Logement dans le 2ème arrondissement de Paris, créant de toute évidence un risque d’amalgame douteux entre d’un côté les violences & les voitures brûlées de la nuit du Nouvel An, et de l’autre le squat d’un immeuble, dans le contexte social actuel. L’article explique que deux cents à trois cents personnes, « tous militants du Droit au logement », ce qui est bien évidemment un mensonge puisque beaucoup de ces personnes étaient des précaires (SDF par exemple), « [occupèrent] illégalement une succursale de banque vide] », « tandis que les forces de l’ordre se mobilisaient pour canaliser la foule dans les VIIe et VIIIe arrondissements ». L’article s’achève sur ces phrases laconiques : « Hier, au lendemain d’un réveillon plus calme que l’an passé, mais malgré tout agité, les forces de l’ordre prenaient un repos bien mérité. Les squatters savaient qu’ils ne seraient pas délogés un jour de Nouvel An ». (comprenez : les gentilles forces de l’ordre ont bien travaillé, les méchants squatteurs sont dans l’illégalité totale). Aucune mention de l’article L642-1 du Code de Construction et de l’Habitat, dont pourtant tous les autres journaux parlent, et qui dispose que : « Afin de garantir le droit au logement, le représentant de l’Etat dans le département peut réquisitionner, pour une durée d’un an au moins et de six ans au plus, des locaux sur lesquels une personne morale est titulaire d’un droit réel conférant l’usage de ces locaux et qui sont vacants depuis plus de dix-huit mois, dans les communes où existent d’importants déséquilibres entre l’offre et la demande de logement au détriment de personnes à revenus modestes et de personnes défavorisées. ». L’immeuble parisien était inoccupé depuis... 3 ans.

Le Code de la Construction et l’Habitat ici

Deux constats s’imposent donc : Nicolas Sarkozy, que l’on savait déjà être l’Iznogoud de la politique française, voulant devenir calife à la place du calife, semble vouloir récupérer aussi de Jacques Chirac le costume de Super Menteur devenu célèbre par l’émission « Les Guignols de l’info » sur la chaîne privée Canal +. Le Figaro a tendance parfois à s’égarer dans ses constats : le sérieux de ce journal, d’une ligne éditoriale traditionnelle reconnue à droite mais dont les analyses sont la plupart du temps pertinentes, s’affirme ici étrangement lacunaire et partial dans le traitement des informations de la nuit du Nouvel An.

Le journal Libération apporte un contrepoint intéressant. On y apprend qu’en Alsace, on compte 88 voitures brûlées au lieu de 46 l’année dernière, soit une hausse de 80%, tandis que l’addition des données de chaque préfecture d’Île de France amène à un chiffre de 250 voitures détruites, soit 40% de progression par rapport à l’année précédente. On aboutit déjà à 338 voitures brûlées... Sans oublier qu’une préfecture d’Île de France a refusé de communiquer ses chiffres : Celles des Hauts de Seine. Etrange...

L’article de Libération ici.

03 janvier 2007

Les chiens aboient, la caravane passe..

Un nouvel article écrit pour la plate-forme betapolitique.fr .. A vos commentaires. ;)

En cette fin d’année, c’est, comme l’écrivent Florent LATRIVE & Christian LOSSON dans leur article de Libération, la gueule de bois pour les collectifs anti-libéraux.

En effet, voyez le retrait unilatéral du Parti communiste français (3,37% des suffrages exprimés en 2002) ou l’intransigeance de la Ligue communiste révolutionnaire (4,25%). Sans parler du rejet pur et simple par Lutte Ouvrière (5,72%).

La somme de ces 3 facteurs, auxquels on pourrait ajouter l’égo de José Bové, font que l’extrême gauche (si on inclut LO) et surtout les anti-libéraux n’ont pu s’unir et créer une force qui aurait pu peser potentiellement entre 10 et 15% des suffrages exprimés pour l’élection présidentielle de 2007.

Les raisons sont donc multiples, mais le résultat est unique.

Il faudra compter en 2007 sur de multiples candidats à l’extrême gauche, à savoir Marie-Georges Buffet pour le PCF, Olivier Besancenot pour la LCR, Arlette Laguiller pour LO, sans oublier Gérard Schivardi, maire d’une petite ville de l’Aude et candidat officiel du PT depuis quelques jours.

L’union des idées avait été en partie réalisée par les collectifs anti-libéraux issus du débat sur la constitution européenne, mais les 125 propositions qui en ont émané resteront probablement lettre morte, puisque chaque appareil de parti reviendra à ses propositions & slogans traditionnels.

Un beau gâchis, alors ?

Il semble bien. Libération, dans son édition du 29 décembre, a soumis à deux économistes du Parti socialiste, Jacques Généreux et Eric Besson, 5 propositions assez symptomatiques des orientations des anti-libéraux. Ceux-ci ont donné leur avis dessus, et on pouvait lire en complément une sorte de réponse de Yves Salesse, président de la Fondation Copernic et élément important des collectifs anti-libéraux. Le dossier est en ligne.

La lecture apporte quelques surprises au lecteur lambda : en effet, il apparaît rapidement qu’il y a peu de différences entre les propositions des anti-libéraux et celles du parti socialiste. Si divergences il y a, elles semblent plutôt s’inscrire dans des querelles de moyens et d’échéances. Un exemple concret : une des propositions des anti-libéraux consiste à « Rendre immédiatement applicable la généralisation des 35 heures à toutes les entreprises avec les 32 heures pour perspective, sans perte de salaire ni aggravation de la flexibilité ou des conditions de travail » : les deux experts du PS s’accordent sur la généralisation des 35 heures sans condition aucune, même si Eric Besson estime que le moyen de généraliser est la voie de la négociation sociale, en accord avec la loi n° 2004-391 du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social, que vous pourrez relire en ligne : ici

Quant à la question des 32 heures, Jacques Généreux indique que l’aile gauche du PS y est favorable au vu de la productivité du travail en France, l’une des meilleures au monde, et Eric Besson n’y ferme pas la porte, considérant que « aucun sujet n’est tabou ». Promesses de campagne ou convictions, reste que les anti-libéraux et le parti socialiste semblent parvenir à un accord relatif.

Alors, pourquoi parle t-on d’un gâchis pour les anti-libéraux ? Tout simplement car leurs idées ne semblaient pas si irréalistes que ça, puisque même le parti socialiste, parti de gouvernement et donc désormais au centre gauche en partageait certaines idées.

Les anti-libéraux auraient pu constituer une force importante voire majeure dans la campagne présidentielle, et aboutir à un de leurs objectif majeur, à savoir peser sur le projet socialiste et sur l’éventuel gouvernement de celui-ci en monnayant leur ralliement par des concessions d’idées de la part des socialistes.

L’édito du site des anti-libéraux, tente de donner un espoir aux partisans de l’unité de la gauche de la gauche en rappelant la grande réunion nationale des unitaires les 20 et 21 janvier en région parisienne. Reste que la défection de la direction communiste et le non-ralliement de la LCR constituent deux sérieux problèmes, voire deux entraves évidentes à la réalisation de leurs objectifs.

La question qui se pose désormais est celle de la stratégie à employer pour ces collectifs. L’édito du site des anti-libéraux note que « [une] Résolution unitaire [a été] largement épousée, saluons-le, par un fort courant de membres du PC et a fortiori de la LCR, aux côtés de milliers d’autres citoyens. ».

Il s’agit d’observer dans quelle mesure l’ « alternative à gauche » réussira à faire comprendre aux militants des deux partis qu’au-delà de la querelle sur le nom du candidat, la lutte doit se porter sur les idées. Celui qui les portera (Patrick Braouzec ? Yves Salesse ? Clémentine Autain ?) devra créer l’unité autour de lui, non pas dans une perspective de culte du héros, mais tout simplement en apportant les réponses aux attentes des membres des collectifs, en prenant une responsabilité morale de suivi des propositions des anti-libéraux.

Ralliement ou pas au PS, là n’est pas vraiment la question, l’enjeu se situe plutôt sur les idées : aboutiront-elles ou non ? Là se situe l’erreur de la LCR, de LO et du PT, comme le note Yves Quiniou dans un point de vue dans le Monde en date du 29 décembre, qui se demande si ceux-ci n’ont pas oublié de dépasser la rivalité traditionnelle avec le PCF inhérente à leur obédience trotskyste.

Au final, on ne peut que constater, comme Michel Onfray, qu’à l’extrême gauche pour nombre d’unitaires des collectifs anti-libéraux, désintéressés par les querelles d’appareils, « un vote de conviction semble désormais impossible ». Les chiens de l’extrême-gauche ont fait beaucoup de bruit sur le trajet de la présidentielle 2007, mais il semble bien que la caravane du Parti Socialiste finira par passer sans encombre...

20 décembre 2006

Les délinquants du débat sur l'insécurité

Cet article est une reproduction de celui que j'ai écrit pour la plateforme "betapolitique" (http://betapolitique.fr), et qui je pense sera publié dans la journée.

Les délinquants du débat sur l'insécurité

Alain Bauer : cet homme a de fortes chances de vous être inconnu, et c'est ce qu'il recherche. Pourtant, il est un peu au débat sur la sécurité en France ce que Donald Rumsfeld fut à Georges W Bush, l'éminence grise néfaste, l'homme de l'ombre.

Témoin en est encore aujourd'hui cet article du journal Le Monde intitulé « La délinquance est largement sous-estimée dans les chiffres officiels ». Reprenant une étude réalisée conjointement par l'INSEE et l'OND (observatoire national de la délinquance), cette étude nous apprend qu'en réalité, au lieu des 3,75 millions de faits de délinquances déclarés à la police, ce sont 12 millions de faits qui ont été subis par nos chers compatriotes cette année.

On ne peut mettre en doute l'existence d'un contraste entre les faits déclarés et les faits subis. On peut émettre ceci dit deux hypothèses d'explication :
La peur : l'individu qui a subi l'agression a peur de représailles si des poursuites judiciaires sont engagées contre l'auteur de l'agression, surtout si les deux personnes se connaissent. L'agressé se terre ainsi dans la peur et préfère le silence.
La banalité : le vol d'un objet sans valeur pécuniaire majeure est subi par l'individu comme un préjudice, sans pour autant qu'il accorde tant de valeur à cet objet pour qu'il aille s'en plaindre à la police, surtout que le taux de résolution de ces affaires est extrêmement faible, pour la simple raison que la police n'y met pas les moyens (ce qui en soi peut se comprendre) et que le voleur a peu de risques d'être retrouvé. L'article nous indique par ailleurs, reprenant le rapport, que « Dans leur majorité, les victimes "ne portent pas à la connaissance de la police et de la gendarmerie les atteintes aux biens" et agissent en fonction de la "gravité du préjudice" ». L'exemple des vols de voiture, déclarés à 90%, et des cambriolages, déclarés à 70%, montre assez bien que lorsque la gravité du préjudice subi est importante, la victime se déclare.

Le journal L'Humanité s'interrogeait déjà sur la fiabilité des études de l'OND, dans cet article, mais ne mettait pas en doute le personnage-même d'Alain Bauer mais plutôt la méthode employée par l'Observatoire.
Il s'agit pourtant d'analyser le discours et surtout l'auteur du rapport. Si l'INSEE est assez vierge de soupçon, l'OND a pour président du conseil d'orientation Alain Bauer. Ce conseil d'orientation se veut être un aréopage de représentants de la société civile, mais leur indépendance est sujette à de grands doutes. Jugez plutôt : en reprenant l'étude menée par Laurent Mucchielli dans son ouvrage Violences et insécurité, Fantasmes et réalités dans le débat français, paru à La Découverte en 2002, on remarque que Alain Bauer est, selon les articles qu'il écrit dans les journaux, « universitaire » (Le Figaro, 27 janvier 2000), « enseignant à l'IEP de Paris » (Le Figaro Magazine, 17 juin 2000), ou encore « professeur à la Sorbonne » (Mix, juillet 1999). Il est même allé jusqu'à se présenter comme « ancien vice-président de l'université Panthéon-Sorbonne » dans le « Que sais-je ? » qu'il a co-écrit avec Xavier Raufer (un autre parcours intéressant avec ce pseudo-spécialiste de la sécurité, ancien militant à Occident) intitulé Violences et insécurité urbaines (réédité il y a à peine un mois). Alain Bauer a en effet été ancien-vice président de l'université Panthéon-Sorbonne, omettant juste de préciser qu'il s'agissait de la vice-présidence de... la cellule UNEF-ID dans cette faculté à partir de 1982. Le titre qu'il préfère pourtant reste incontestablement celui de criminologue, qu'il emploie à de nombreuses reprises et de plus en plus souvent désormais pour crédibiliser son propos.
En parallèle, Alain Bauer occupe une fonction qu'il met bien moins souvent en avant dans la presse, celle de directeur d'une société privée de conseil en sécurité, AB Associates, société qui a réalisé des audits pour des villes telles que Vitrolles, La Défense, Strasbourg, Auxerre, Nancy, Bourges, Perpignan, etc... Il a créé cette société après avoir quitté la Science Application International Compagny (SIAC), une énorme compagnie privée de recherche et d'expertise qui travaille pour les entreprises privées et surtout pour les autorités fédérales américaines sur les questions de « sécurité nationale », et dont le chiffre d'affaires se compte en milliards de dollars et qui emploie plus de 40000 personnes, disposant de 350 bureaux dans le monde. On voit donc que la création d'AB Associates correspond en réalité à la poursuite d'une trajectoire, celle de la marchandisation de la sécurité, qu'Alain Bauer a appris à la SIAC et a voulu appliquer méthodiquement en France.

Le lien est désormais assez intelligible : d'un côté, un pseudo-éminent chercheur spécialiste de la sécurité, de l'autre côté, le directeur d'une société privée de conseil en sécurité.

Analysons maintenant l'article du journal Le Monde : « Selon les projections de l'OND, près 4,9 millions des ménages (18,7 %) auraient subi un vol, une tentative ou un acte de vandalisme en 2005 ». Reprenant les termes du rapport, que l'on peut lire ici, l'article du journal ne précise pas ces termes, et pour cause... c'est impossible ! Ainsi, le terme « acte de vandalisme » recoupe une variété de préjudices immense. Si l'on prend l'exemple de préjudices sur une automobile, l' « acte de vandalisme » peut concerner le simple pet sur la voiture (tout à fait détestable, c'est évident, mais en soi peu préjudiciable) jusqu'au bris de vitre ou à l'incendie pur et simple de celle-ci : tout ce qui est déclaré est comptabilisé, puisque l'accent est mis sur ce qui est subi comme préjudice.

Voici donc la logique traditionnelle des travaux d'Alain Bauer, qu'on pourrait simplifier par l'expression « le bâton et la carotte » : d'un côté, on attise la peur, on suscite l'inquiétude. De l'autre, on crée AB Associates, société privée de conseil en sécurité, qui va récolter les royalties, en créant les « remèdes à cette peur ». Alain Bauer lui-même a bien des difficultés à opérer la dichotomie entre les deux casquettes, ne parvenant pas à s'empêcher de proposer systématiquement en conclusion de ses études en tant que criminologue des remèdes tels que la « vidéo-surveillance ». Dans un article du journal Le Figaro co-écrit avec Xavier Raufer intitulé Insécurité intérieure et défense nationale paru le 27 novembre 1997, il écrit même « l'Etat doit sortir d'un rêve arrogant et archaïque dans lequel il gère seul la défense et la sécurité ». Il doit s'ouvrir à des partenaires nouveaux, dont des « experts venus du privé et des entreprises spécialisées », afin de « concevoir une doctrine sur ces dangers nouveaux ». Devinez qui l'on va appeler... ?

On comprendra dès lors pourquoi Alain Bauer est titulaire d'autres titres honorifiques, auxquels il s'attendait d'ailleus peut-être un peu moins, tels le « Big Brother Award 2002 » pour « l'ensemble de son oeuvre ». Sur le site qui explique cette récompense, on peut lire ceci « Ce personnage influent participe à l’alimentation d’un discours biaisé sur les causes de "l’insécurité" et promotionne grâce à une société privée (AB Associates) les "moyens" de la combattre en promulguants conseils et recommendations, succombant trop souvent aux sirènes de la vidéosurveillance, aux entreprises ou aux collectivités locales ». Vous pourrez lire l'article ici.

Même si Alain Bauer ne semble pas avoir de lien clairement établi avec Nicolas Sarkozy, on peut remarquer un certain parallèle entre les deux personnages : de la même manière qu'Alain Bauer, le chef de l'UMP crée un sentiment d'insécurité puissant en France, suscistant chez les citoyens la peur et l'inquiétude, parfois même l'intolérance et la xénophobie. En parallèle, il se présente comme le super-flic capable de résoudre ce problème. Pris à ce propre jeu, il ne sait plus vraiment où donner de la tête, car il hésite entre accroître le sentiment d'insécurité et montrer les prétendus résultats de sa politique sécuritaire de « tolérance zéro ». En effet, on peut imaginer aisément qu'un homme qui appuie sa popularité notamment sur une éventuelle capacité à « sécuriser la France » n'a pas intérêt à donner l'impression que celle-ci est débarrassée de la délinquance.

Au-delà de cette remarque, il est particulièrement intéressant de remarquer à quel point les médias français peuvent parfois être abusés par des hommes qui à force de pugnacité et de talent parviennent à se présenter comme d'éminents spécialistes de la sécurité alors qu'ils sont surtout des hommes qui ont utilisé leur talent pour s'enrichir... Certains sociologues s'épuisent à tenter de recadrer les débats, tels Laurent Mucchielli, dont une des contributions au sujet de Bauer et Raufer est disponible ici. Malheureusement, leur portée semble bien plus faible que celle des marchands de sécurité. Preuve que l'ère du temps, et surtout l'ère politique, semble plus favorable à l'orientation hyper-sécuritaire du débat.

14 novembre 2006

Le courage en politique

Le Parlement sud-africain vient de légaliser le mariage homosexuel. D'ici quelques mois, si le parti socialiste est élu, il procédera aussi, du moins c'est ce qu'il a affirmé, à l'entrée dans la loi de ce droit fondamental pour les communautés homosexuelles.
L'opinion publique française y semble pourtant opposée, tout comme l'opinion publique sud-africaine l'est.
Est-ce là faire preuve de courage politique? On peut penser qu'en effet c'est le cas. Les représentants s'efforcent de s'ériger comme une avant garde éclairée, capable de prendre les décisions juste malgré les réticences des représentés.
On se rappelle à ce titre l'abolition de la peine de mort sous l'impulsion de Robert Badinter et de la première présidence mitterrandienne.

Seulement, une question se pose, éternelle question qui me taraude. Le soi-disant "courage" politique que l'on peut déceler dans ses actes s'oppose à la volonté des représentés, est-il donc justifiable ?

A vos réflexions..... si ça vous intéresse ;)

18 mai 2006

Amnésie sélective

Alors que la polémique a fait rage au début de l'année concernant le projet de loi n°2005-158 du 23 février 2005, portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, notamment à cause du désormais célèbre article 4 qui dans son alinéa 2 indiquait que "
Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord [...]". Vous pourrez d'ailleurs retrouvez le texte complet ici.

Ce débat a fait rage, pour l'évidente raison qu'il apparaît étrange dans une démocratie de voir un gouvernement indiquer aux livres d'histoires la position qu'ils doivent prendre sur un fait. En effet, s'il peut éventueller orienter les sujets des programmes, il est anormal de ne pas laisser aux historiens le travail de débat sur les sujets abordés.

Pourtant, une deuxième question m'apparaît assez vite : l'histoire qui nous est enseignée n'est-elle pas particulièrement sélective. Je me souviens par exemple de la place immense accordée à la Seconde Guerre Mondiale, et notamment à la Shoah et aux génocides des Tziganes, homosexuels, handicapés, etc.. Bien qu'en aucun cas je ne remette en cause le drame que cela constitue (d'ailleurs rien que de le dire je me prends à trouver cela ridicule de me justifier tellement c'est une évidence), je m'étonne surtout du silence de nos livres d'histoire sur de nombreux autres génocides, parfois bien plus meurtriers..

Sur Wikipedia, à l'article génocide, on trouve tout d'abord une énumération de nombreux massacres de population :

Les massacres de peuples entiers ont déjà eu lieu dans le passé, par exemple :

  • le massacre de millions de Chinois par les Mongols au XIIIe siècle, qui représente la plus grande extermination d'êtres humains de toute l'Histoire, en valeur relative, les estimations variant entre dix et quarante millions (dix-huit selon Kubilai Khan)
  • la déportation des Acadiens par les Britanniques sous les ordres du gouverneur Charles Lawrence en 1755. Dépossédées de leurs terres, des familles ont été déportées dans des colonies britanniques et, pour certains d'entre eux, au Royaume-Uni ou en France.
  • la Tasmanie, qui a été qualifiée de génocide le plus parfait de l'histoire.
  • l'extermination des Beotuks à Terre-Neuve par les Britanniques (Terre-Neuve est devenu depuis une province du Canada).
  • En Australie, les Aborigènes, dont la population est estimée à 350 000 avant l'installation des Européens, ont été décimés par les maladies infectieuses, les migrations forcées, à l'instar des Amérindiens. Certains historiens soutiennent qu'il s'agit d'un génocide. Ils ont obtenu le droit de vote en 1967.
  • Au Canada, les enfants des aborigènes ont été envoyés, entre 1922 et 1984, dans des Écoles Résidentielles Indiennes, dirigées par des églises (catholiques ou protestantes) où étaient entretenues des conditions d'insalubrité, de violences de tout ordre, d'expérimentations médicales (dans les dernières années), ce qui conduisit à une mortalité moyenne de 50 %, soit entre 50 000 et 100 000 décès d'enfants en quelques décennies.
  • le gouverneur Jeffrey Amherst a fait distribuer aux Indiens Delaware en 1763 des couvertures infectées de petite vérole (Variole).
  • la disparition en quelques décennies des populations autochtones des États-Unis au passage des immigrants.
  • les premiers camps de concentration ont été expérimentés au cours de la guerre des Boers en Afrique du Sud. Des centaines d'Afrikaanders, des noirs alliés à ces derniers, femmes et enfants furent victimes des conditions de vie (alimentation, soins) qui firent également les mêmes ravages dans les rangs britanniques.
  • de 1942 à 1945, 10 millions de civils chinois ont été enrôlés par l'armée japonaise pour effectuer des travaux forcés en Mandchourie sous la supervision de la Kôa-in. De ce nombre, 2,7 millions ont trouvé la mort lors de l'opération sankô sakusen menée par le général Yasuji Okamura.

Mais on peut aussi remarquer les génocides "officiellement" reconnus, à savoir le génocide des Arméniens par l'Empire Ottoman (reconnu par l'ONU en 1985, toujours contesté par la Turquie), le génocide des Juifs & Tziganes par les nazis pendant la SGM (reconnu dès le procès de Nuremberg), le génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda (reconnu en 1994), et le massacre de musulmans par les Serbes à Srebrenica en 1995 (reconnu en 2001).

Si les deux derniers font partie d'une histoire récente sur lesquelles nos manuels ont généralement tendance à ne pas vouloir s'exprimer, pour laisser justement les historiens faire leur travail, si celui des Juifs & Tziganes est largement traîté, on peut s'étonner que celui des Arméniens ne soit pas (ou très peu) traité... Peut-être parce que cela fait encore débat.

Alors prenons un massacre qui fera consensus, celui de la Traite des Noirs. Reconnu comme crime contre l'Humanité par de nombreux pays, et notamment en France depuis 2001 avec la loi Taubira, ce génocide/massacre (l'appellation génocide n'est pas consensuelle pour des raisons juridiques : génocide est une appellation basée sur des critères dont certains ne sont pas "remplis") aura causé selon les historiens entre 60 et 600 millions de victimes.. C'est de très loin la déportation la plus importante de l'histoire. De mémoire, on n'en parle pourtant pas beaucoup dans nos livres d'Histoire. Et, à la faculté, au lieu d'étudier les baillages et les sénéchaussées, peut-être devrions nous nous intéresser à sujet qui nous touche tout autant (car le commerce triangulaire passait bien évidemment par la France).

Bien sûr, les livres d'histoire ne peuvent tout accueillir, mais quitte à rajouter quelques heures sur l'année pour enseigner cela aux lycéens, je pense que ce serait essentiel : montrer aux "descendants" de ces esclaves, tout aussi lointains qu'ils sont, que la France a un devoir de repentance, nous montrer à nous même que nous savons affronter notre passé, et permettre aux étudiants de comprendre l'histoire et de les ouvrir à la tolérance...

30 avril 2006

Fil info Tolbiac : La Fin, mais..

Bonjour à tous.
Etant extrêmement occupé cette semaine, je n'ai pu rien faire jusqu'ici. Tous je pense êtes conscients de la situation du centre PMF et même de la plupart des universités françaises, à savoir la reprise des enseignements dans des conditions normales.
Mardi, en effet, une AG s'est tenue. Regroupant environ un millier de personnes, et durant trois heures, celle-ci a vu plusieurs motions adoptées, avec notamment "Déblocage du centre PMF de manière définitive". Ainsi, les cours qui avaient de fait repris depuis Lundi matin, ont définitivement (?) repris. D'autres motions ont été adoptées, notamment "Rétablissement de la compensation annuelle cette année" pour pallier les effets de la grève sur les diplômes, mais aussi "Non-pénalisation des absences en TD" pour que les étudiants qui désirent poursuivre le mouvement puissent le faire sans être pénalisés, tandis que la motion appelant à ce que la fac de Tolbiac reste "en grève" malgré que les blocages n'aient plus lieu fut rejetée
Cette dernière AG, de fait, enterrait en partie le mouvement "de masse" sur Tolbiac. Depuis, un comité de mobilisation s'est réuni Jeudi soir, comité qui a décidé de la poursuite du mouvement sous d'autres formes, en continuant à se mobiliser, notamment pour la manif contre la loi CESEDA (dite manif contre l'immigration jetable), hier après-midi, et demain, pour la traditionnelle manif du 1er mai, le rdv est donné à République, départ 14h. Le soir, Métro Blanche, le MayDay, rassemblement européen contre la précarité, aura lieu à 18H. Enfin, le prochain comité de mobilisation tolbiaquien est à 18h dans la fosse.

Les blocages et la grève étant terminés, tout le monde vaque à nouveau à ses occupations (moi le premier par ailleurs). Je vous invite encore une fois à garder ce blog ds vos favoris. Dès que possible, ce soir peut-être, je vous ponderai un petit article, et j'essaierai de transformer ce blog vers la formule qui prévaudra par la suite, à savoir blog d'actualité (notamment politique) participatif et intéractif.

Merci à tous, jusqu'à 3000 visites / jour, plus de 100 commentaires quotidiens, quelques mots dans Libé, l'URL affichée partout ds Tolbiac, vos soutiens, vos remerciements, c'est une bien belle aventure qui s'achève partiellement, mais tout n'est pas fini, et j'espère vous voir tjs plus nombreux sur ce blog.

:)

ps : deux images, la première est évidemment un remix du stop la grève fait par un anonyme, j'ai beaucoup aimé, et la deuxième, après de longues tergiversations, restera pour moi ma photo de coeur du mouvement. Je vous en soumettrai quelques unes d'ailleurs ;)

24 avril 2006

Fil info Tolbiac : Lundi 24 Avril

Bonsoir à tous.
Avant toutes choses, quelques précisions, avant de me recevoir une sacrée volée d'insultes dans les commentaires : je suis désormais opposé au blocage de Tolbiac car le mouvement est trop arrêté pour continuer. J'exprimerai ici des positions diverses, et, après avoir fait un point d'informations factuelles.. J'expliquerai ma position, ça risque de choquer, mais j'ai pas mal de chose sur le "coeur". Enfin, je précise que ce blog, lorsque le mouvement sera fini, se reconvertira en blog d'actualités politiques et de débats, donc je vous invite à le garder dans vos favoris. Je vous remercie.

Le déblocage de Tolbiac
Ce matin, une foule dense se pressait devant les grilles de PMF. A 8h30, environ, l'administration ouvra les grilles, suite à quoi se ruèrent à l'intèrieur du centre les étudiants bloqueurs afin d'organiser des chaînes humaines et d'empêcher l'accès aux salles de cours. Après quelques coups échangés et quelques bousculades, suite à l'appel de Mr Hénin, présent sur les lieux, une AG spontanée s'organisa en lieu et place de l'amphi de Gestion, amphi N donc. Entre 700 et 800 étudiants étaient présents dedans. Ceux-ci votèrent tout d'abord contre le fait de tenir des débats, puis se prononcèrent en faveur "d'un déblocage définitif de la faculté". Les étudiants opposés au blocage se ruèrent alors à l'extèrieur de l'amphi, et commençèrent méthodiquement le déblocage de la faculté, en délogeant, parfois par une violence somme toute modérée, les chaînes humaines, en sortant du rez-de-chaussée les tables amassées par les étudiants bloqueurs. Vers 9h30, 10h, le remue-ménage s'estompa, et le déblocage était effectif : après 8 semaines de blocage, les cours reprirent.

Pour ce qui suit, demain, vers 11h, un blocage partiel sera organisé, afin de permettre à tous les étudiants de venir en AG, à 13h, Amphi N. Cette AG, qui a priori n'a pas pour but de s'exprimer sur la question du blocage, permettra de faire un bilan de la mobilisation de ces 8 dernières semaines, et de donner au mouvement de nouvelles perspectives, notamment en vue de la journée de manifestations du lundi 1er mai. Il est important que tous les étudiants qui désirent se mobiliser, notamment pour le retrait du CNE et de la LEC, y assistent, quelque soient les moyens qu'ils désirent employer pour.

J'espère n'avoir rien oublié.

Point de vue personnel
Mes chers lecteurs, digressons !
Après 8 semaines de blocage, ou je me suis souvent flagellé mentalement puisque je prenais en quelques sorte la liberté d'autres étudiants, je peux dire que je n'ai rarement été aussi content d'avoir bloqué pendant tout ce temps, que ce matin. Je n'en veux surtout pas aux anti-bloqueurs, que je respecte au moins pour leur courage et leur mobilisation constante. Bien que je sois désormais contre le blocage, voir une fac débloquée par 99% de personnes qu'on n'a absolument pas vu pendant le mouvement, je trouve ça tout aussi étonnant qu'absurde. Résultat, on peut dire que la seule "gagnante", c'est l'administration, qui par ses manipulations, a réussi à obtenir ce qu'elle voulait, ce qui quelque part est normal.. Mais bon, par des manoeuvres aussi pitoyables : appeler à une AG ainsi, appeler à la violence, rire de voir celle-ci se produire, se servir du baissage de culotte (tant attendu ceci-dit) de l'UNEF pour pouvoir parvenir à ses fins, ça montre bien que l'administration a peu de fierté...
Quant à l'AG, c'était tout aussi désolant qu'amusant. Pas de tribune, pas d'ordre du jour, je comprenais tout à fait pourquoi les bloqueurs en contestaient la légitimité. En + , 700 ou 800 personnes seulement, d'autres AG ont voté le blocage à 1200...
Les cours ont repris, c'est une bonne chose, car il aurait bien fallu les reprendre un jour, reste que pour le CNE et la LEC, de toute évidence, c'est foutu, et ça c'est bien dommage.
Ce mouvement aura permis beaucoup de choses, des solidarités et des amitiés se sont créés, nous avons pu obtenir satisfaction sur une partie de nos revendications, et subir une formation au monde politique, au monde syndical et au monde des médias accélérée. Nous avons pu voir aussi à quel point l'égoïsme était présent en quantité chez les hommes, chez tous d'ailleurs : les bloqueurs qui pensaient à défendre leur cause et empêchaient la liberté d'autre, les anti-bloqueurs qui ne pensaient qu'à aller en cours et ne voulaient pas se mobiliser en solidarité..
Ce matin, c'était pour moi comme pour d'autre surement une sorte de "gueule de bois" (j'ai eu la même expression que toi Sandrine). Tout s'arrêtait d'un coup, et c'était assez dur. Que vous détestiez les bloqueurs ou pas, je pense que vous pouvez comprendre que voir quelque chose dans lequel on s'est autant investis s'éteindre ainsi, c'est difficile. Il était évident, obligatoire même, que cela finisse un jour, mais bon.. C'est tjs difficile le jour même.
Maintenant, tout n'est pas fini, mais un sérieux coup de canif entaille ce mouvement.
Rideau clos.. pour l'instant.

21 avril 2006

Actualités..

Deuxième édition - Samedi 20h30 (Communiqué du président, précisions)

Bonjour à tous.

Longtemps que je n'avais pas posté, et pour cause, pas énormément d'infos à se mettre sous la dent.
Une AG s'est tenue hier dans les locaux de P7 - Javelot, réunissant une cinquantaine de personnes. Après de très long débats, portant sur des points variés, il a été notamment décidé qu'une nouvelle AG se tiendrait Mardi à 13h, dans l'amphi N.
Il vous appartient donc de venir, comme toujours, pour exprimer votre avis.

Concernant les thèmes de la mobilisation, beaucoup de commentaires demandaient ce que les mobilisés de Tolbiac (et de France) réclamaient. Désormais, puisque le retrait du CPE a été obtenu, les étudiants grévistes se focalisent sur les 2 autres points majeurs de revendication, à savoir le retrait du CNE (contrat nouvelles embauches), et le retrait de la LEC (loi d'égalité des chances). Ces deux revendications, présentes dès le départ de la mobilisation, constituent les principales demandes des étudiants, auxquelles se greffent des revendications plus variées.

Le retrait du CNE est invoqué car celui-ci correspond point pour point au CPE mis à part qu'il s'applique pour tous, et dans les entreprises de moins de 20 salariés (correction effectuée, merci. je m'embrouille la tête à cause d'un article de journal qui disait que des sociétés de + de 20 salariés créaient des sociétés écrans, plus petites, pour embaucher en CNE).
Quant à la LEC, malgré quelques dispositions intéressantes, telles que le CV anonyme, elle instaure tout de même la possibilité du travail dès 14 ans, le travail de nuit dès 15 ans, ou encore la suppression des allocations pour les "mauvais parents", c'est à dire les parents dont les enfants pratiquent par exemple l'école buissonière. Je tiens à préciser (c'est mon avis personnel ici, vous vous en doutez) que cette dernière mesure a déjà été instaurée en Angleterre et qu'elle n'a pas fait ses preuves.

Concernant le blocage, beaucoup de questions et d'interrogations se font, et elles sont légitimes. Je le rappelle, une fois de plus, c'est par les AG que vous serez les mieux informés et participer à la vie de la mobilisation et/ou de la faculté.

Par ailleurs, Mr Pierre-Yves Hénin, président de l'université, a publié un communiqué sur le site de P1, que je retranscris ici :
Message du Président - 21 avril 2006

Comme j’en exprimais l’espoir dans mon message du samedi 8 avril, les conditions d’une reprise générale de nos enseignements dès lundi 24 matin sont maintenant réunies.

Tous les sites de l’université seront normalement ouverts.

Les étudiants, enseignants et autres personnels travaillant au centre Sorbonne sont invités à se munir de leur carte d’étudiant ou leur carte professionnelle pour répondre à un éventuel contrôle des accès.

L’ensemble des enseignements, cours et travaux dirigés, seront assurés à leurs horaires habituels.

Les nouveaux calendriers de rattrapage et d’adaptation de la session d’examen de juin seront communiqués dans les meilleurs délais, après examen par le CEVU le jeudi 27 avril.
Avec la reprise générale des enseignements, ces aménagements permettront la tenue des délibérations et la délivrance des diplômes avec un retard limité et ne dépassant pas en tout état de cause, pour les cursus les plus affectés, deux semaines par rapport au calendrier initialement prévu.

Le Président
Pierre-Yves Hénin

Je tenais aussi à rappeler encore une fois à mes fidèles lecteurs quelques "positions" personnelles : tout ce que j'écris ici, mis à part mention explicite, n'est pas systématiquement mon opinion. Il s'agit de retranscrire les opinions du mouvement en cours. Je partage parfois ces opinions, souvent même, mais je me charge surtout (du moins j'essaie) de vous les exprimer et de vous les expliquer, afin que vous compreniez mieux. Lorsque je lis des commentaires me prenant personnellement à partie ou du type "vous les grévistes", je suis un peu déçu de voir que ce message n'est tjs pas passé, mais bon.. Lorsque plus haut, par exemple, j'explique pourquoi la LEC est rejetée, même si l'aspect de l'argumentation laisse à penser que c'est une opinion personnelle, je ne fais que reprendre les arguments invoqués par les AG étudiantes. C'est ensuite, lorsque je dis "ceci est mon avis personnel" que je prends position.
Voilà.

A très bientôt, donc, n'hésitez pas à me poser des questions dans les commentaires, j'essaierai d'y répondre assez vite.

PS : Le 21 avril est un bien triste anniversaire. Rappelez-vous, il y'a 4 ans..
Pourtant, d'autres choses sont plus gaies : ça fait aussi 62 ans que les femmes ont le droit de vote en France !

14 avril 2006

Les sans-papiers

Oui, je suis en vacances, mais bon je garde un (petit) oeil sur ce blog, et je tenais à vous faire part d'une info qui est tombée il y a pas longtemps.
Nous avons beaucoup discuté, et essayé de soutenir les sans papiers qui occupaient un local près de Tolbiac. Les étudiants de Javelot y ont séjourné pendant plusieurs nuits aussi.

Voici la dépêche AFP...
Evacuation des sans-papiers qui occupaient un lieu à Paris depuis le 18 mars

Des CRS et gendarmes mobiles ont évacué, vendredi entre 21H00 et 22H00, les sans-papiers qui occupaient depuis près d'un mois des locaux de l'Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations (ANAEM) à Paris, a constaté un journaliste de l'AFP.

Les forces de l'ordre sont intervenues sur réquisition de la direction de l'ANAEM, propriétaire de ces locaux vides, 18 rue Auguste Perret, dans le XIIIe arrondissement, selon la préfecture de police de Paris.


Selon Jean-Claude Amara, porte-parole de l'association Droits devant!, "200 sans-papiers" occupaient les lieux.

Vers 22H00, les locaux avaient été entièrement évacués.

Quelque 70 hommes, pour la plupart originaires d'Afrique noire, attendaient encore, avec leurs sacs de couchage et sacs à dos, d'être embarqués dans des cars de police.

Une trentaine de manifestants protestaient, à l'angle de la rue Auguste Perret et de l'avenue d'Italie, en criant: "première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d'immigrés" ou "solidarité avec les sans-papiers".

Depuis le 18 mars, plusieurs centaines de personnes en situation irrégulière se relayaient jour et nuit pour occuper les bureaux vides de l'ancien service social d'aide aux émigrants (SSAE). Les occupants avaient rebaptisé le bâtiment "Maison des collectifs sans-papiers" et une large banderole y avait été accrochée, portant les mots: "Régularisation des sans-papiers, abrogation des lois racistes et xénophobes".

Les occupants réclamaient notamment le retrait du projet de loi Sarkozy sur l'immigration, qui doit être examiné à l'Assemblée nationale les 2, 3 et 4 mai prochains. Ils demandaient également la régularisation globale des sans-papiers, le retrait de la loi pour l'égalité des chances et le retrait de la circulaire du 21 février qui, selon les collectifs, remet en cause leur droit à se faire soigner.

Le MRAP a dénoncé dans la soirée "avec vigueur" l'évacuation.

Voilà, donc, une bien mauvaise nouvelle..
Sinon, le fil info Tolbiac continue ici : http://lacommunelibredetolbiac.blogspot.com
Bonnes vacances, bonne mobilisation à tous.

12 avril 2006

FSU Censier - Javelot

Voici le programme des jours à venir pour le FSU (Forum Social Universitaire). Et après, promis, je m'en vais.. :p

A CENSIER:

MERCREDI 12 de 13 à 16h, "Histoire du mvmt alter-mondialiste" (amphiA);
de 14h30 à 16h30, "Amerique latine: entre réformes et révolution" (amphiB)

JEUDI 13: 14-17h "Guerre et mouvements anti-guerre"

VENDREDI 14: 14H "néo-colonialisme et colère ds les banlieues" (amphi B)

A JAVELOT :

LUNDI 17: 10-12H "Europe forteresse et migration"; 13-16H "les médias"

MARDI 18: 10-12H "féminisme (projection et débat)"

MERCREDI 19: 10-12h "luttes lesbiennes, gays, bi- et transexuels"

JEUDI 20: 10-12H "démocratie" (intervenants, débat);
14-16h "précarité et casse du droit du travail" (intervenants, débat);
17-19H "un autre monde est-il possible?:stratégie du mvmt global"

Voilà.
Je rappelle, Censier est situé métro 7 - Censier Daubenton, Javelot est situé en face de PMF, sur la dalle des Olympiades, à gauche en montant.

Ce coup-ci, je m'en vais.
Bonnes vacances à tous, et surtout, je l'espère, bonne mobilisation !

10 avril 2006

Goût amer

Je triche un peu, car je ne pars en vacances que mercredi midi.
En attendant, je le rappelle une fois de plus, le fil info Tolbiac est ici : http://lacommunelibredetolbiac.blogspot.Com

Je voulais juste m'exercer à ce que j'aime, à savoir, les méditations !

Ce matin, comme vous le savez sûrement, Dominique de Villepin a annoncé que le CPE serait remplacé. Comprenez bien évidemment que le CPE est retiré, et qu'on cale à la place un dispositif plus ciblé pour favoriser l'insertion des jeunes peu ou pas qualifiés en entreprise.

Après plus d'1 mois et demi d'arrêt des enseignements, d'actions coups de poings et d'épuisement quotidien en AG, sur les piquets, ou en manif, le goût de la victoire est amer. Car honnêtement, je crois que le CPE m'importait moins que la LEC (loi sur l'égalité des chances). On se retrouve donc pour l'instant avec un CPE retiré mais avec une LEC qui va s'appliquer en l'état. Les syndicats sont unanimements satisfaits, la confédération étudiante de Julie Coudry appelle à stopper les blocages, Rennes II, première fac en grève, vient de lever son blocage, tout comme Lyon II ou St Etienne.. Le mouvement prend déjà une tournure, celui du déclin. La manifestation de demain ressemble à un baroud d'honneur (alors que les médias, contre lesquels je tairais ma colère, pratiquent une désinformation terrible, indiquant que les manifestations sont désormais contre la LEC et plus seulement contre le CPE..), et la date de la réouverture de la Sorbonne est connue : le 24 avril. Le dispositif policier sera par ailleurs levé bientôt.

Après donc 1 mois et demi de mobilisation monstre dans toute la France, on n'aboutit qu'à un minuscule retrait. C'est terriblement décevant. On appelait à beaucoup de bêtises, mais on appelait à des choses concrètes : retrait de la LEC, du CNE ou encore démission du gouvernement. Beaucoup d'entre nous se seraient satisfaits du retrait des deux premières lois, mais là, on a plutôt le sentiment que le gouvernement, bien qu'il ait reculé sur le CPE, ait réussi le pari d'étouffer complètement la contestation contre les autres mesures.

Amer, donc, de voir que toute cette mobilisation a réussi, mais qu'à moitié.

PS : désolé, c'était un petit coup de gueule..

08 avril 2006

Vacances

Bonjour à tous.

Pas de post hier, aucun aujourd'hui non plus, et pour cause : départ en vacances.
Si des personnes désirent prendre ma relève jusqu'à la fin de la semaine prochaine, qu'elles n'hésitent pas à se proposer à moi en me contactant par mail (asty@fr.st).

En attendant, ce blog est donc temporairement (notez bien que c'est temporaire) fermé pour cause de non MAJ.

Une personne de Tolbiac prendra une sorte de relève sur un autre blog : http://lacommunelibredetolbiac.blogspot.com .

Voilà, je vous souhaite de bonnes vacances et vous dis à très vite !

Guillaume

Ps : on m'a envoyé ceci par mail, je vous le transmets :
Bonjour,
D'abord, merci encore pour la tenue de ton blog ! Je me permets de te contacter, non pour reprendre le flambeau mais pour te demander si il te semble concevable de mettre en ligne un message de la part des tuteurs d'histoire (dont je suis):
"Majoritairement solidaires du mouvement anti-CPE, les tuteurs d'Histoire du centre PMF se tiennent néanmoins à la disposition des étudiants qui souhaiteraient les contacter pour toute aide méthodologique ou bibliographique. A cet effet, un blog est mis en ligne ce jour : http://tutorat.canalblog.com . Les tuteurs vous informent également de la prolongation de leur permanence - en cas de reprise des cours et TDs - en salle B.706 jusqu'au mois de juin (1ère semaine comprise)."
Il nous est apparu que ton blog était très consulté donc nous nous permettons de solliciter ton aide/relais, dans l'intérêt de tous, nous semble-t-il.
Cordialement

06 avril 2006

Fil info Tolbiac : Jeudi 06 Avril

Bonjour.

Ce post comportera une part importante de mises aux points, étant donné que mes articles se réduisent de plus en plus et qu'en conséquent j'explique de moins en moins bien ce qui se passe à la faculté.

- Tout d'abord, une erreur énorme de ma part, que je me dois de corriger : dans le post du mercredi 29 mars, j'écrivais ceci "D'ores et déjà, il faut préciser à nouveau que l'entrée dans le centre PMF s'est faite avec le minimum de dégradations possible, et avec un accord tacite avec la sécurité : tant que la sécurité des personnes présentes à l'intèrieur du site n'est pas mise en jeu, les étudiants peuvent investir le centre". Je me dois de corriger car plusieurs étudiants m'ont fait remarquer qu'au delà du fait que ça risquait d'être préjudiciable pour les personnes de la sécurité, cela s'avérait totalement faux. Ce jour-là, pour construire mon post, je m'étais basé sur des informations que m'avaient communiqué un étudiant.. qui n'étais pas là ce jour-là. Après une petite enquête, il semble que les étudiants ont décidé seuls de rentrer dans le centre PMF et qu'en aucun cas il n'y avait accord tacite avec la sécurité, je m'excuse donc pour l'aberration de ce jour-là.
- Autre point de précision, je reconnais et j'en suis désolé que mes posts ont tendance à être de plus en plus courts, de plus en plus partisans et donc, il faut le dire, de qualité de plus en plus mauvaise... Je ne peux que vous demander une indulgence qui m'apparaît légitime : j'ai beau être étudiant, j'ai beau participer au blocage activement (je ne le cache pas), j'ai parfois des obligations qui font que je ne peux être de 07h30 du matin à 17h (voire 20h) à la faculté. Ainsi, dans la mesure du possible, je me base sur des informations que je fais concorder, sachant que celles-ci proviennent évidemment des présents à PMF, à savoir les étudiants qui bloquent, et donc qu'elles sont parfois "modulées" en fonction des intérêts de ceux-ci... Reste que j'essaie au maximum de tenir ce blog à jour quotidiennement (sinon le titre n'aurait pas lieu d'être) et que rentrer tous les soirs chez moi pour le faire me pose parfois des problèmes. Qu'importe, je reste votre "dévoué", malgré la diminution du nombre de visites sur ce blog.. Pendant les vacances, par ailleurs, je ne serai pas présent l'une des deux semaines, alors que la mobilisation, bien évidemment, continuera. Je réfléchis à plusieurs possibilités, notamment donner les accès de ce blog à certains commentateurs quotidiens qui m'apparaissent suffisamment investis & neutres pour pouvoir écrire des articles de bonne facture.
Voilà, pour les points de précision, je les poursuivrai néanmoins, vous allez comprendre, dans le post qui suit.

Tolbiac
Je vous invite encore une fois à consulter les commentaires qui vont je l'espère suivre et qui préciseront ce qui s'est passé ce matin car je n'étais pas présent. D'après ce que j'ai pu entendre, il semblerait que les réunions pédagogiques ont été en partie bloquées et ont surtout donné cours à des débats.
Beaucoup de commentaires ont critiqué le mode d'action des bloqueurs, qui était de s'insérer dans les réunions pédagogiques, de demander une tribune & un temps de parole paritaires. Pour préciser, l'intérêt était le suivant. Outre le fait que ces étudiants critiquaient l'organisation de réunion de ce type sans leur accord, ils voulaient éviter aussi et surtout la désinformation de certains enseignants. En effet, certains d'entre eux étant ouvertement contre la grève & le blocage (c'est leur droit, il n'y a pas de problème avec cela), ils se sont permis de donner des informations de toute évidence fausses, telles que "partiels en septembre, pas de rattrapage". Il faut rappeler que l'administration a pour obligation de tenir deux sessions d'examens avec des rattrapages. Ce type d'information, donné notamment dans les réunions pour les étudiants d'économie, sont de la désinformation qu'il importait de corriger.
Ce sera encore une fois mon avis, mais bon : il est évident que l'on doit tous oeuvrer (étudiants bloqueurs ou pas) pour une égalité TOTALE entre les étudiants, afin d'éviter des problèmes. Soyez bien conscients que le taux de réussite aux examens sera théoriquement le même que les années précédentes (ou du moins sensiblement similaire) : si toute une promo redoublait, la fac n'aurait pas les moyens d'accueillir les nouveaux étudiants ainsi que les redoublants. Et pas question de les envoyer dans d'autres facs : pour les étudiants d'histoire, par exemple, rappelons que la majorité des facultés qui dispensent des cours d'histoire sont bloquées : ainsi, on ne pourra évidemment pas réaffecter des étudiants dans d'autres facultés.
Enfin, la question des moyens, et du temps. L'administration n'a évidemment pas les moyens de rattraper l'intégralité des cours qui n'ont pas été dispensés pour cause de blocage. Elle devra donc organiser des rattrapages partiels, notamment au moins de juin. En juillet, les IATOS & les enseignants sont en vacances, en conférences, en séminaires, bref, indisponibles pour prolonger les cours indéfiniment.
Enfin, en septembre, les IATOS organisent à la fois les rattrapages, les inscriptions pédagogiques et administratives, ainsi que les plannings des formations.. Pas le temps pour une véritable session d'examens.
Il apparaît donc (selon moi) que les partiels auront bien lieu fin juin, quelque soit la mobilisation. Ces partiels, en fonction de la durée de la mobilisation, pourront être tout à fait formels. C'est bien là le problème engendré par le blocage.. Les diplomes risquent d'être dévalorisés, et certains étudiants, de filières telles que MASS ou Eco-Gé, ont des enseignements qui leur sont indispensables pour l'année prochaine... Même si l'on pourrait spontanément penser qu'ils pourraient pallier l'absence de cours par un travail personnel à leur domicile, beaucoup ont fait remarqué que la présence des professeurs était indispensable pour que leurs enseignements se déroulent bien. On est donc face à un problème complexe, il apparaît par ailleurs dommage que les enseignants ne soient pas venus faire des propositions concrètes aux étudiants d'alternatives au blocage ou au moins de cours palliatifs non obligatoires.
Voilà.

Pas d'information factuelle sur ce qui s'est passé aujourd'hui, en fait, mais encore une fois un débat de fond que je voulais permettre.
Vers 18h se tenait un comité de mobilisation, il serait intéressant que ce qui en est sorti soit mis en commentaire. Par ailleurs, demain se tiendra probablement une nouvelle AG à Tolbiac.
Celle d'aujourd'hui a été reportée car il était impossible qu'elle soit organisée : l'amphi N étant occupé toute la journée, aucun amphitéâtre n'était disponible pour que celle-ci se déroule dans de bonnes conditions. De plus, il apparaissait aberrant de faire tenir une AG en même temps que des réunions pédagogiques, car cela risquait de pénaliser les deux réunions..

Bonne soirée à tous, n'hésitez pas à réagir.
Merci de votre fidélité !

05 avril 2006

Fil info Tolbiac : Mercredi 05 Avril

Bonjour !
Encore une journée bien agitée sur P1, avec l'organisation de réunions d'informations pédagogiques, qui ont créé quelques problèmes.

Rapidement après avoir mis en place les piquets de grève, les étudiants grévistes eurent à s'organiser pour gérer l'afflux inhabituel d'étudiants. En effet, aujourd'hui, comme demain, se tiennent des réunions d'informations pédagogiques, qui sont censées permettre aux professeurs d'expliquer à leurs élèves comment se déroulera la reprise des cours, en fonction des différents scenarii de reprise de cours. L'hypothèse de travail retenue par ces profs était une reprise des cours le lundi 24 avril.
Dès la première réunion, pourtant un problème se posa : les étudiants grévistes ne pouvaient assister à ces réunions, l'un d'entre eux se fit même traiter de nazi par un prof...
La réunion du comité de mobilisation qui s'ensuivit tenta d'adopter une ligne claire en réaction à ces réunions. Il fut finalement adopté que les étudiants grévistes laisseraient ces réunions se dérouler, mais qu'ils demandaient à y assister, et à avoir un droit de parole conséquent, ainsi qu'une tribune paritaire.
Lorsque les réunions eurent lieu, pourtant, les grévistes firent preuve en partie d'un certain laxisme. Dans la réunion à laquelle j'assistai, celle des L3 Mass, les étudiants grévistes rentrèrent calmement dans l'amphi et après quelques discussions avec les professeurs, s'assirent et écoutèrent calmement le débat. Quelques tensions apparurent cependant assez vite, car certains professeurs tentaient d'empêcher les grévistes de parler. Un peu de bruit rétablit donc ce droit de parole, et par la suite, le débat put porter sur la reprise des cours en fonction de la fin du mouvement. Les professeurs avaient préparé un scénario : reprise des cours le 24 avril, cours jusqu'au 10 juin, partiels du 12 au 24. Ainsi, au lieu des 12 semaines habituelles, les étudiants pourraient assister à 9 semaines, ce qui fut communément admis comme un retard relativement négligable. Néanmoins, les étudiants grévistes s'efforcèrent d'apporter un contre-coup aux déclarations dramatisantes de certains enseignants, rappelant au besoin ce qui se passa pour les précédents mouvements. Ainsi, la réunion se tint dans un climat un peu agité mais cela permit beaucoup d'éclaircissements : dans le cas d'une reprise dès la rentrée, l'année ne serait que peu tronquée. Les étudiants grévistes purent aussi observer que tous les UFR n'étaient pas aussi radicaux envers leur mouvement.
Demain, Jeudi, de nouvelles réunions se déroulent, avec notamment les L1 / L2 Histoire ou les L1 / L2 Gestion. Vous pouvez consulter le planning ici.

A 16h30, cette après-midi, s'organisa un blocage du site Panthéon. Vous retrouverez des infos de cela je l'espère dans les commentaires.

Dernière info : vu l'organisation des réunions d'information pédagogiques, il est possible que l'AG de demain soit reportée. En effet, ces séances risqueraient d'empêcher la bonne tenue d'une AG puisque les étudiants seraient retenus dans leurs réunions.

Voilà.
Bonne soirée à tous, merci pour votre fidélité

Fil info Tolbiac : Mardi 04 Avril

Bonsoir à tous.
Encore une journée marquante, avec une AG Tolbiaquienne et une énorme manif parisienne.
Mon article, une fois encore, j'en suis désolé, sera relativement court, car je n'ai pu assister à toute la manif.

L'AG de Tolbiac
Aujourd'hui, à 10h, se tenait à Tolbiac une AG.
Avant celle-ci se déroulait la réunion d'organisation du SO, afin de définir les modalités d'organisation de celui-ci pour la manifestation de l'après-midi.
A 10h15, donc, commença l'AG. L'ordre du jour comprenait une première partie sur les bilans, puis une partie comprenant les "discussions générales", et enfin la définition des mandats pour la coordination francilienne de demain. Encore une fois, l'impératif horaire causa beaucoup de problèmes. Il importait que cette AG se termine à 12h, afin que l'on puisse partir sans problème aucun en manifestation immédiatement après, seulement, vu le nombre encore conséquent des motions proposées, l'AG se termina peu avant 13h.
La discussion générale comporta un point important sur le bilan de la coordination nationale étudiante de Lille, qui s'est déroulée le week-end dernier. Nos mandatés dénoncèrent une fois de plus la mainmise de l'UNEF sur les débats, ceux-ci exerçant un droit de censure sur les motions proposées, ainsi que des menaces d'exclusion lorsque nos mandatés se plaignaient du comportement oligarchique de la tribune.. Plusieurs délégations ont décidé de ne plus participer aux coordinations nationales. A retenir, encore une fois, l'appel à la grève générale reconductible, et à la démission du premier ministre, Dominique de Villepin. La prochaine aura lieu le week-end prochain à Lyon.
Le bilan se poursuivit sur celui des commissions, avec le point de plus en plus régulier de la commission banlieue, des points sur les prochaines actions avec les intermittens & les sans-papiers (match de football samedi à 14h dans leur squat de la rue auguste perret, ds le XIIIème, près de PMF).
Le point de discussion générale prit ensuite le relais, et beaucoup de motions furent proposées. Si la plupart furent adoptées (avec notamment, la demande de l'ouverture de PMF pendant les vacances, la demande qu'aucun représentant du bureau national d'un syndicat ne soit à la coordination nationale étudiante, etc..), une proposition d'occupation de nuit immédiate et à durée indéterminée fut rejetée à une quasi-unanimité (moins il me semble la voix de la personne qui a proposé). Chose "inquiétante", alors qu'ils n'étaient pas apparus depuis pratiquement un mois, nos amis "totos" étaient présents aujourd'hui, à une dixaine, et tentèrent de faire passer des motions appelant notamment aux occupations nocturnes.
L'AG se finit sur la désignation des mandatés à la coordination nationale.
Un étudiant opposé au blocage de la faculté s'exprima, de fort belle manière, pour nous exprimer sa sympathie envers l'objet de la lutte, même s'il regrettait les moyens mis en oeuvre pour que celle-ci se poursuive.
Prochaine AG, jeudi, 10h.

La manifestation
Le rdv était encore une fois pr St Hippolyte & Tolbiac dans la fosse de PMF, afin de faire un départ groupé. Le cortège se rendit métro "Filles du Calvaire", et après quelques discussions entre les deux SO, les cortèges des deux centres se séparèrent.
N'ayant pas été présent pendant toute la manif, je ne peux que vous dire qu'il semblerait que tout se soit bien passé pour notre cortège. J'en saurai sûrement plus demain.
Au niveau national, cette nouvelle journée de manifestations est un succès : autant voire un peu plus de personnes que le 28 mars, avec à Paris entre 84000 (police) et 700000 (organisateurs) personnes. A titre indicatif, je suis passé place de la République vers 18h, et le cortège de la CNT s'ébranlait à peine, tandis qu'à place d'Italie les premiers cortèges étaient arrivés depuis déjà deux heures.
Ce gros succès renforce donc la pression sur les parlementaires UMP qui doivent élaborer une proposition de loi.

Revue de presse
Puisque la dernière fois, et je l'avais dit il me semble, j'avais publié des articles plutôt "pro-mobilisation française", je publie maintenant des articles qui y sont opposés. Merci à l'auteur du commentaire qui m'a cité ces journaux.

Beaucoup d'analystes étrangers ne comprennent pas que la France, pénalisée par une croissance faible et un chômage élevé, refuse d'assouplir les règles en vigueur sur le marché du travail. C'est dans les pays où les emplois précaires sont désormais la règle que l'incompréhension est la plus grande, comme aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou encore en Italie - où la flexibilité constitue l'un des thèmes clés de la campagne électorale de Romano Prodi, candidat de gauche.
-----
Pour le New York Times, "le capitalisme est diabolisé au profit du souvenir d'un passé révolutionnaire romantisé".
-----
El Pais, quotidien espagnol de centre gauche, estime que "comme pour la Constitution européenne, la France est victime de ses peurs ne veut pas aller de l'avant".
------
L'éditorialiste du journal espagnol El Mundo s'en prend aux "enfants gâtés de la gauche". De l'autre côté de l'Atlantique, le Wall Street Journal voit dans les manifestations "les derniers symptômes d'une démocratie malade". D'après le quotidien économique, "si la France veut renverser sa tendance (...) elle a besoin de mettre à bas les barrières de la législation du travail dans tous les secteurs, et pas seulement pour les moins de 26 ans."
------
"Le problème, écrit l'International Herald Tribune, c'est que la France manque d'hommes politiques capables de parler franchement, de solutions réelles et définitives". Pire, le même journal accuse Jacques Chirac d'avoir exacerbé le réflexe français de défense inconditionnelle des acquis sociaux, en cautionnant l'idée - de gauche - que tout risque individuel était inacceptable.

---------------------------------
Source: http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=3037

Voilà.

Je pense que pour aujourd'hui, c'est tout !
Demain, Tolbiac sera ouvert, mais bloqué, le 17 rue de Tolbiac fermé, et le centre St Hippolyte ouvert, mais bloqué. J'en profite pour rappeler que demain des réunions pédagogiques se tiendront à PMF, réunions dont le programme est disponible sur le site de Paris I.

Bonne nuit à tous!

03 avril 2006

Fil Info Tolbiac : Lundi 03 Avril

Bonsoir !
Tout d'abord, merci à tous, car aujourd'hui le blog est passé dans Libé (je vous retranscrirai l'article lorsque ma motivation sera revenue), cela n'aurait évidemment pas été possible sans vos nombreuses visites et votre fidélité, alors encore une fois, merci beaucoup :)

Tolbiac
Après le week-end animé par l'intervention de notre cher président, le risque était que certains se soient fait "embobinés" par le discours présidentielle et se disent que celui-ci ayant accepté des concessions, la mobilisation n'avait plus de sens.
Pourtant, ce matin, c'était un nombre assez important de personnes qui était là pour bloquer, encore & tjs, PMF. L'on apprit très vite que la journée était considérée comme "banalisée" et donc que l'on n'aurait pas à s'attarder sur les piquets de grève, afin de pouvoir s'occuper de la mobilisation, et de l'activité pour la semaine à venir.
Le comité de mobilisation se fit donc, et posa plusieurs questions, notamment "Comment agir pendant les vacances ?", "Quel programme adopter pendant la semaine ?", etc.. Le but était de se préparer au mieux à ce coup d'arrêt évident que vont constituer ces deux semaines de ruptures.
S'il a été voté en AG vendredi le principe de la tenue d'un forum social pendant les vacances à Tolbiac, deux dates s'opposaient, ce qui sera bientôt réglé.
Aujourd'hui, Mr Jacques Manesse faisait une conférence ayant pour thème : "la fin de l'état providence ?"

Au niveau des actions, les étudiants bloqueurs de Tolbiac sont aujourd'hui allés épauler de nombreuses facs, comme celle de Jussieu, qui a revoté le blocage a une large majorité, dans le cadre d'une AG en plein air. Ils se sont ensuite rendus en assez petit nombre à Montreuil, en délégation au siège de la CGT, pour exhorter celle-ci à appeler à la grève générale.

Enfin, et c'est très important, un communiqué est paru sur le site de P1 :
Dans la situation qui prévaut actuellement, nous ne sommes pas en mesure de prévoir la date à laquelle les enseignements pourront reprendre normalement au centre Pierre Mendès-France.

J’ai indiqué au conseil d’administration du lundi 27 mars l’objectif de terminer d’ici le 30 juin, soit avec un décalage qui ne pourra pas dépasser deux semaines, les activités de rattrapage pédagogique et les examens permettant de valider le second semestre de l’année universitaire dans des conditions compatibles avec la qualité de nos diplômes. La réflexion est engagée dans les UFR pour mettre au point dans ce cadre l’aménagement des calendriers et les modalités pédagogiques les plus appropriées.

Cette réflexion n’est pas achevée et nous ne serons pas en état d’annoncer dès maintenant le calendrier détaillé des enseignements et des examens. Cependant, à l’approche des vacances, il y a une demande aussi forte que légitime de la part des étudiants d’être informés des dispositions envisagées.

C’est pourquoi, en accord avec les directeurs de composantes, j’ai décidé d’organiser une série de réunions d’information pédagogiques.

Pour chaque année de diplôme de licence localisée au centre Pierre Mendès-France, les étudiants seront conviés à rencontrer l’équipe pédagogique en charge du semestre en cours.

Cette réunion sera l’occasion de faire connaître, au moins dans leurs grandes lignes, les calendriers actuellement envisagés et de donner, pour chaque matière, les conseils pédagogiques ( bibliographiques, méthodologiques, d’accès à des ressources en lignes ou des formules de tutorat ....) appropriés compte tenu des adaptations prévues du programme des cours et des travaux dirigés. Je sais nombreux les enseignants qui souhaitent une telle occasion de rencontrer leurs étudiants pour leur apporter indications et conseils, malgré les incertitudes qui demeurent, et je compte sur leur participation . De même, je souhaite que le plus grand nombre des étudiants concernés puisse participer à ces rencontres, en vue d’organiser au mieux leur propre travail personnel. Je vous invite donc à diffuser largement cette information aux collègues et étudiants qui ne consulteraient pas spontanément le site de l’université ou leur messagerie électronique.

Le programme des réunions prévues par UFR et année de licence, les mercredi 5 et jeudi 6 Avril 2006, est disponible ici.

Ce programme laisse des plages horaires disponibles pour permettre l’organisation d’assemblées générales ou autres réunions qui pourront nous être demandées dans le cadre de la mobilisation en cours.

Pierre-Yves Hénin
3 avril 2006


Je vous invite donc à venir à la fac le jour concerné par votre formation afin de vous tenir au courant des décisions prises par l'administration concernant votre diplôme.

St Hippolyte
Aujourd'hui se tenait l'AG dite d'urgence de St Hip, dans la mesure ou jeudi dernier, des étudiants ont volé des bulletins lors du dépouillement et donc que le scrutin a été considéré comme nul.
Cette nouvelle AG, assez bien menée, fut l'occasion de voir de nombreuses interventions. Les points de l'ordre du jour étaient nombreux : point sur la coordination nationale, sur la décision du conseil constitutionnel, sur l'intervention du président de la république, sur la mobilisation, mais aussi point perspectives, décision de la nouvelle AG et des modalités de vote.
Cette AG, plus longue qu'à l'accoutumée, a donc pris de nombreuses décisions.
Après des débats de qualité et une intervention ovationnée d'une professeur de droit constitutionnel, qui a qualifié Mr. Chirac de monarque d'ancien régime, le débat sur les perspectives se précisa : une tentative de faire voter le blocage à main levée échoua d'environ 30 voix (sur 700). Les étudiants semblaient pourtant décidés à réagir à l'intervention de Mr. Chirac. Plusieurs motions furent votées : soutien aux interpellés et demande de leur amnistie, demande d'une neutralité totale à l'administration et demande qu'elle indique sur son site les infos concernant les centres universitaires, création d'une commission sur les alternatives à la LEC (loi sur l'égalité des chances), création d'une commission sur la réforme de l'université, nouvelle AG vendredi à 11h30, etc..
Le vote du blocage se fit lui en scrutin : au final, avec 250 voix d'avance (je ne connais pas le nombre total de votants), c'est... le blocage total qui passe, et ce jusqu'à la rentrée. Voilà un résultat qui se fait donc bien plus marqué que les dernières fois.
Les résultats complets :
1 166 Votants
OUI: 706
NON: 457
ABSTENTIONS: 2
Nul: 1


Perspectives
Quelques infos : Clignancourt a voté le blocage total, avec 505 pour, 228 contre, 14 abstentions, soit un résultat largement plus majoritaire que les fois dernières. Assas (oui, oui), demain, tient une AG.
A Tolbiac, demain à 10h, se tient une AG. Ensuite, ce sera le départ en manifestation, manif qui partira de République à 14h30, avec Paris I - Tolbiac en 4ème place dans le cortège.
Je vous invite encore une fois à venir à la fac nombreux, sachant que de nombreuses conférences auront lieu dans les prochains jours.

Voilà.
De nouvelles photos sont disponibles ici : www.kant1.org
Bonne soirée à tous (et merci encore pour Libé!)